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2 principes fondamentaux pour une politique alcool efficace en France - 2 questions nécessitant un arbitrage politique

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Mars 2017 - L’association estime indispensable d’attirer l’attention des responsables politiques sur deux objectifs majeurs :

 

1. Lutter contre l’abus et non contre l’usage

La politique alcool de la France doit prendre en compte une caractéristique fondamentale : nous sommes un pays producteur (vins, cidres, bières, spiritueux...) où l’usage convivial et modéré des boissons alcoolisées représente le modèle dominant.

Une politique alcool doit donc se concentrer sur la lutte contre l’usage nocif et le risque de dépendance, qui concerne moins de 10 % des consommateurs. C’est le sens de la politique générale de santé conduite à l’échelle de l’Europe ainsi que par l’OMS au niveau mondial. Cette politique devrait conduire notamment à privilégier l’éducation et la prévention, dans le cadre d’un dispositif législatif et réglementaire qui, en France, compte déjà parmi les plus stricts en Europe.

Mais on assiste actuellement en France à un revirement inexplicable des autorités sanitaires.

  • Près d’une cinquantaine de pays dans le monde, dont la quasi-totalité des pays développés, donnent, via leurs autorités sanitaires, des repères de consommation d’alcool pour la population générale. Ces repères tracent la frontière entre usage et abus et définissent ce qu’il est convenu d’appeler la modération. Ils intègrent bien entendu les situations dans lesquelles il convient de s’abstenir de consommer de l’alcool (mineurs, femmes enceintes, conduite d’engins, prise de médicaments …). Ils ne sont jamais présentés comme garantissant l’absence de risques ou comme des normes à atteindre pour ceux qui consommeraient moins. Depuis 2007, l’association et ses adhérents contribuent à faire connaitre ces repères « 2-3-4-0 » auprès des consommateurs à travers le site www.2340.fr, qui a déjà reçu plus d’un millions de visites.
  • En France, les repères de consommation à moindre risque figurent depuis trente ans dans les guides et les sites grand public édités par la plupart des institutions sanitaires. Mais depuis quelques années une campagne est menée pour éliminer la notion d’usage et de modération en matière d’alcool. La position selon laquelle les repères de consommation à moindre risque ne doivent pas être communiqués à la population prévaut aujourd’hui au sein des autorités sanitaires françaises, au motif qu’ils constitueraient une incitation à consommer (ce qui revient à dire, pour utiliser une comparaison avec la sécurité routière, que fixer des limites de vitesse inciterait à prendre la route. Ou qu’il ne faut pas de limites de vitesse car toute vitesse est potentiellement à risque…).

  • Il n’y a eu aucun débat sur le sujet, or la question de savoir s’il faut lutter contre toute forme de consommation ou plutôt cibler l’abus est une question politique. Quel que soit le niveau à partir duquel on fixe le risque admissible, celui-ci ne peut pas ou ne devrait pas être 0, sauf à ce que le champ de l’alcool soit le seul à ne pas reconnaître la réduction des risques, qui est le concept central de l’addictologie. Une politique prohibitionniste est l’inverse de ce que prônent les addictologues aujourd’hui.
  • Dans un pays qui compte 87% de consommateurs et 9 consommateurs occasionnels sur 10, prôner l’abstinence est une posture morale peu réaliste. C’est de plus une politique contre les producteurs dans un pays de production et d’exportation de boissons alcoolisées.

 

 2. Dégager les financements nécessaires au développement de la prévention ciblée sur l’abus

Aucune donnée ni évolution récente n’indique que la baisse de moitié de la consommation d’alcool en France depuis près de 60 ans a eu un impact sur l’usage nocif ou la dépendance. La proportion de buveurs à risques “ponctuels” ou “chroniques” reste stable alors que la consommation ne cesse de baisser.

Ceci doit inciter à orienter l’action publique vers une politique ciblée sur les populations et les usages à risques plutôt que de se contenter du réflexe réglementaire (avec des législations qui à l’instar de loi Evin peinent à faire la preuve de leur efficacité pour réduire les conduites à risque). Dans de nombreux domaines, des solutions existent pour aller au-delà de la prévention globale (nécessaire) et cibler des groupes spécifiques, qu’il s’agisse de jeunes adultes, de conducteurs infractionnistes, de femmes à risque d’alcoolisation pendant la grossesse, etc.

Il est par ailleurs indispensable de généraliser les méthodes de prévention innovantes qui ont fait leurs preuves à l’étranger, comme les programmes visant à accroitre les compétences psychosociales des enfants et adolescents, ou les interventions brèves capables de prévenir la consommation précoce ou le « binge drinking ».

Mais, malheureusement, la France se distingue de beaucoup d’autres pays occidentaux par la faiblesse de son investissement dans la prévention. Avec seulement 2% de ses dépenses de santé allouées à la prévention, la France se situe en queue de peloton entre la Corée et le Portugal, et loin derrière la Finlande (5.8 %), les Pays-Bas (5.1 %), l’Allemagne (3.7 %) et même les Etats-Unis (3.3 %).

Dans cette enveloppe globale déjà faible, la prévention ciblée relative à l’alcool reste le parent pauvre. Pourtant, des moyens pourraient être mobilisés en « fléchant » tout ou partie des 4 milliards d’euros de sur-fiscalité prélevés chaque année sur le secteur des boissons alcoolisées. Si seulement 1% étaient utilisés à des fins de prévention, le budget « alcool » de l'ex-INPES (devenue Santé Publique France) serait multiplié par plus de 7.

Ces fonds devraient également être utilisés pour développer la recherche, notamment la recherche action sur les modèles de prévention efficace dès le plus jeune âge.

Position_mars_2017

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Avec Modération !

Créée en 1990 sous le nom d’Entreprise & Prévention, l’association Avec Modération! se positionne comme une force d’action et de proposition en matière de prévention du risque alcool (fondée sur la distinction entre l’usage et l’abus). Elle promeut auprès des consommateurs les repères de consommation à moindre risque et estime indispensable de prévenir les comportements à risque par l’information et l’éducation, dès le plus jeune âge.

Elle recherche des moyens innovants de prévention ciblée sur les groupes ou situations à risque, les valide par des évaluations dont les résultats sont communiqués, et les porte à la connaissance des pouvoirs publics.

L’association réunit les principales entreprises françaises du secteur des vins/champagnes, bières et spiritueux, en France métropolitaine ou au sein d’Avec Modération !-Ile de La Réunion.

L’association a soutenu de nombreuses initiatives des pouvoirs publics au cours des vingt dernières années, par exemple l’abaissement du taux légal d’alcoolémie en 1995, la mise en place du pictogramme « femme enceinte » en 2006, les mesures contre les open bars et sur l’interdiction de vente aux mineurs de moins de 18 ans en 2009. Elle désapprouve en revanche les mesures purement symboliques ou stigmatisant les producteurs.

Avec Modération ! est également à l’initiative du Code interprofessionnel d’autodiscipline et de déontologie en matière de communication des boissons alcoolisées. Elle est adhérente de l’ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité), qui assure le respect de ce Code via son Jury de Déontologie Publicitaire.

www.avecmoderation.org

kkl

 



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